L’ostéopathe et l’écoute

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Nos patients éprouvent le besoin de parler, ils recherchent un interlocuteur pour les écouter, rien de plus normal, humain en diable. Mais derrière cette apparente simplicité se cache souvent des pièges dans lesquels le praticien non averti peut tomber .

Il y a l’écoute du corps, partie muette de l’examen ne demandant que des mains expertes et qui peut se faire dans le silence : c’est la pierre angulaire du traitement. Alors que cette écoute va nourrir l’examen clinique, elle encouragera le patient à parler de son corps et de ses douleurs. Le patient peut alors commencer à parler de lui,nous allons apprendre du sujet quelque chose de plus intime,  et il est important de tendre l’ oreille, car la relation singulière entre un patient et son thérapeute se noue dans cette écoute attentive.

La première difficulté est de se laisser emporter sur un terrain qui n’est pas le nôtre. Dans ce colloque unique entre patient et ostéopathe, l’ambiguité réside dans la demande implicite du patient que nous nous occupions d’autre chose que de la souffrance de son corps , que nous l’aidions dans ses difficultés psychique . Lire la suite

Portrait ostéopathique de Madeleine

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Je pense que Madeleine a bientôt 106 ans, je pense car c’est un peu extravagant d’imaginer que cette femme ait vécu tant d’années, et je finis par en douter, comme elle même semble s’en étonner.

Je la soigne depuis 10 ans et il me semble qu’elle n’a pas changé (moins que moi certainement). Tout se passe comme si son vieillissement ralentissait avec son métabolisme, c’est une évidence : le vieillissement s’arrête avec la mort.
Elle est bien vivante et le doit a une activité soutenue : la marche tous les jours, la création autour de la peinture et des installations très contemporaines d’oiseaux stylisés. Elle est entourée : la famille, les amis, son esprit est vif, elle peut être cassante voir cinglante quand il le faut.

Je l’ai rencontré lors d’une séance d’ostéopathie, une douleur récalcitrante au milieu du dos, elle n’imaginait pas d’autres traitements. Elle se soigne à l’homéopathie depuis toujours, autant dire une éternité. Elle ne se rappelle pas avoir pris des antibiotiques encore moins des anti-inflammatoires.
Est-ce pour cela qu’elle est aussi réceptive aux techniques d’ostéopathie ? Pure hypothèse mais chez elle particulièrement vérifiable. C’est incroyable de sentir l’efficacité des manœuvres, j’ai la sensation que les tensions fondent sous mes doigts quand je la manipule.

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La mémoire du futur

Mis en avant

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L ‘ostéopathie est une pratique qui n’échappe pas à l’intuition pour s’exercer efficacement. Comme si le mot dont la définition latine est de regarder attentivement, avait été inventé en pensant à notre pratique. Cette action de deviner avant de démontrer est souvent le point de départ de tout traitement. Un instinct qui va se densifier lors du déroulement de la séance et nous permettre de voir plus clair.

Tout a bien commencé par une intuition, lorsque A. Still a eu l’idée de manipuler une vertèbre pour guérir un patient. Ensuite, la théorie faite d’empirisme et de savoir médical est venue la conforter. Cette inspiration n’est par arrivé par hasard, elle s’est nourrie de connaissance anatomique poussée et d’une observation sans faille des malades de A. Still .
Il ne faut pas penser que derrière le terme intuition, il y a une faculté supra-intellectuelle, l’intuition est un effort qui consiste à se débarrasser du superflu pour aller à l’essentiel, les philosophes (Bergson ) parlent d’expérience pure. Ce mode de connaissance directe est bien utile pour nous ostéopathe, car il nous permet de voir ce que les autres ne voient pas ou plutôt ne veulent pas voir.  Lire la suite