Portrait de patient #4 : Le docteur Gérard

Ce mur qui nous sépare est très haut, en levant la tête j’aperçois une silhouette, des mots inaudibles sortent de nulle part, sûrement des fenêtres à barreaux, je longe la prison de la santé sans être indifférent à tous ces prisonniers en attente de jugement.
Je vais rencontrer un patient, âgé de 84 ans médecin à la retraite, il vit avec sa femme dans un appartement spacieux. Il est tombé et souffre d’une fracture tassement de la 1ère lombaire. Des troubles de l’équilibre restreignent sa vie, des vertiges rotatoires au début, maintenant une instabilité à la marche empêchant toute vie dehors. C’est un ancien médecin généraliste, il m’assure que ces troubles sont asymptotiques, c’est à dire sans causes médicales avérées. La chute a sûrement déclenché une perte de confiance en ses déplacements. L’équilibre et la marche ne vont pas de soi en vieillissant, ils deviennent comme dissociés. La démarche du docteur Gérard en témoigne, elle n’est pas très assurée, les exercices pour l’améliorer demandent ma présence au plus près.

Une émission de radio écoutée il y a quelques semaines parlait de rééducation chez les infirmes moteurs cérébraux, la paralysie cérébrale qui frappe ces enfants à la naissance ne leurs permettent pas de vivre normalement, des troubles de la coordination qui entravent des gestes apparemment simples comme porter un objet et marcher en même temps. Ce protocole basé sur une approche intensive à base de jeu qui privilégie le mouvement, la finalité de l’action. Une sorte de pragmatisme joyeux, travailler sans en avoir l’air, permet de répéter ces gestes rééducatifs sans jamais les lasser, indispensables pour ces tous petits pour progresser. Les résultats sont meilleurs que les méthodes plus classiques faites de mobilisations articulaires et d’exercices rébarbatifs.
Que s’est-il passé pour que je demande au docteur Gérard de m’attaquer version karatéka, je ne me souviens plus, sa main s’est dirigée vers moi l’autre est restée en protection, sa posture droite contrastée avec la précédente. Il était redevenu un instant l’homme plus jeune pratiquant cet art martial du combat à main nu.
L’un et l’autre nous avons très vite compris que le plaisir et le jeu allaient nous faire progresser. Nous avons 25 ans de différence, je rêve encore d’être un homme qui maîtrise sa force et lui de marcher debout en équilibre.
Je lui demande de m’apprendre le karaté, d’abord de se protéger de parer des coups dans une belle gestuelle. Puis de porter des attaques toujours pensées rapides, maîtrisées. Une bonne assise une tête droite, des sens aux aguets qui perçoivent l’environnement. Tour à tour nous sommes ces deux à la fois professeurs et élèves, soignés et soignants. La séance est intense, rythmée, il y a peu de temps mort, il ne faut pas laisser le temps au doute, travailler sur des acquis, retrouver cette mémoire du corps toujours très juste que le temps n’efface pas.
Sa femme nous regarde, cet étrange ballet que nous formons la laisse apparemment perplexe. Mais au fil des séances et des améliorations très nettes sur la marche et l’équilibre de son mari, elle finit par me dire : « votre méthode est géniale ». Pourtant elle n’a rien d’exceptionnelle. Le principe est simple se concentrer sur la solution pour mettre en second plan le problème. Mettre en situation de réussir là ou on échoue, le jeu, la concentration vers un objectif clair sont des moyens pour réussir.

La mémoire du futur

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L ‘ostéopathie est une pratique qui n’échappe pas à l’intuition pour s’exercer efficacement. Comme si le mot dont la définition latine est de regarder attentivement, avait été inventé en pensant à notre pratique. Cette action de deviner avant de démontrer est souvent le point de départ de tout traitement. Un instinct qui va se densifier lors du déroulement de la séance et nous permettre de voir plus clair.

Tout a bien commencé par une intuition, lorsque A. Still a eu l’idée de manipuler une vertèbre pour guérir un patient. Ensuite, la théorie faite d’empirisme et de savoir médical est venue la conforter. Cette inspiration n’est par arrivé par hasard, elle s’est nourrie de connaissance anatomique poussée et d’une observation sans faille des malades de A. Still .
Il ne faut pas penser que derrière le terme intuition, il y a une faculté supra-intellectuelle, l’intuition est un effort qui consiste à se débarrasser du superflu pour aller à l’essentiel, les philosophes (Bergson ) parlent d’expérience pure. Ce mode de connaissance directe est bien utile pour nous ostéopathe, car il nous permet de voir ce que les autres ne voient pas ou plutôt ne veulent pas voir.  Continuer la lecture

Du bon usage de l’ostéopathie

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C’est un titre un peu désuet mais il veut signifier qu’il existe un « bon usage » c’est-à-dire une pratique capable de soulager un patient assez durablement sans effets secondaires. Pour que cela soit possible, il faut la conjonction de plusieurs facteurs, que je vous propose de nommer. Au début –et bien sur dans l’idéal !- il faut un « bon patient » coopératif et confiant parce qu’éclairé sur ce qu’est l’ostéopathie et n’a pas trop subi les effets désastreux des mythologies ridicules qui circulent dans certains milieux sur le sens de l’ostéopathie ! La méconnaissance des bases de notre discipline dans l’esprit des personnes que nous soignons laisse flotter un parfum d’ésotérisme, et l’idée toute aussi nuisible qu’elle échapperait aux règles classiques de la rationalité.   Continuer la lecture

L’ÊTRE EN MOUVEMENT

Le mouvement est l’expression de la vie, voilà un postulat que personne ne peut remettre en cause mais encore faut-il pouvoir illustrer ce propos et le mettre en perspective. L’auteur : Eric Delion ostéopathe diplômé d’ethnologie et surfeur, va nous guider à travers son livre pour nous permettre de penser l’être en mouvement.

Une entreprise audacieuse qui commence par un rappel des origines de l’ostéopathie et des grands principes énoncés par A. Still, qui n’a eu de cesse de rechercher les expressions du mouvement et sa présence dans le corps humain.
« Le découvreur » de l’ostéopathie comme il aimait à se définir, a élevé cette pratique vers une démarche philosophique se référant aux lois universelles qui régissent l’ensemble des êtres vivants; et pas seulement à un ensemble de techniques ni à une méthode de soin. Sutherland a ensuite enrichi la découverte de de Still en conceptualisant la notion d’immobilité dynamique à travers le modèle crânien.

L’auteur souligne que les différentes étapes de son cheminement intellectuel sont exemplaires car elles sont le chemin que suit l’ostéopathie depuis toujours: la structure – la sphère crânienne – le concept du mouvement respiratoire primaire – la palpation qui devient perception – notion d’écoute fluidique- et enfin les voies énergétiques, spirituelles qui font l’être humain.
Sentir ce rythme commun à chaque individu demande des mains aussi légères que possible surement une des clefs essentielles du traitement ostéopathique.
L’auteur oppose le monisme qui place l’individu comme étant l’émanation d’un tout unique composé de l’univers, du cosmos et du monde, et le dualisme cartésien qui sépare le monde physique et le monde psychique et spirituel.
Les changements profonds s’opèrent d’abord au niveau de l’individu et se propagent par la suite à l’ensemble du corps social, cela doit nous rappeler un des principes de l’ostéopathie : la correction d’une simple unité vertébrale peut rééquilibrer l’ensemble du corps .
Dans cette démarche l’auteur évoque les philosophies orientales entre autres le bouddhisme, sa pratique à travers la méditation, pour vivre mieux avec soi et son environnement, véritable plaidoyer d’une « économie » plus écologique soucieuse de l’harmonie de l’homme avec lui-même et le monde.

En énonçant certains principes simples qui consistent à relativiser le bien et le mal, il rapproche l’expérience de Sutherland de la pratique méditative faite de silence intérieur pour atteindre la connaissance.
L’ouvrage nous invite à rechercher la vérité qui est forcément en nous et non pas dans la comparaison avec l’autre. Par extension la recherche de la lésion, de l’immobilité ne se fait pas sans l’union de la main et de l’esprit. Continuer la lecture

HTA ET OSTEOPATHIE

OSTHEOPATHIE ET HYPERTENSION ARTERIELLE      ArteryArtery

La tension artérielle, c’est deux chiffres qui en disent long sur la santé de l’individu. Plus exactement, derrière ces paramètres se cachent l’état du cœur et ses vaisseaux, du rein et sa surrénale. On y voit aussi le bon fonctionnement du système nerveux central et végétatif et en prime, la situation humorale. La tension artérielle doit être relativement stable, même si elle peut varier en fonction de l’âge du sexe et de l’activité, pour assurer une bonne perfusion de tous les tissus. Elle fait partie des grandes constantes physiologiques au même titre que l’équilibre acido-basique, la température, la glycémie etc. Toute la difficulté est de la maintenir dans des normes acceptables pour assurer les grandes fonctions, cette régulation est un mécanisme complexe qui fait intervenir plusieurs systèmes que l’on peut examiner à la lumière de la médecine ostéopathique.

Hormis les situations d’urgence (hémorragie, infarctus …) où la pression artérielle peut chuter; ce qui domine en la matière est  l’hypertension artérielle (HTA) et selon l’OMS, on parle de tension élevée quand la pression systolique est supérieure à 150mn /hg et la pression diastolique supérieure à 90mn/hg. Les conséquences de l’HTA sont redoutables à long terme et posent un véritable problème de santé publique. Dans la grande majorité des cas, on ne retrouve pas de cause à cette HTA on parle alors d’hypertension essentielle. Ce trouble portant sur la régulation de la pression artérielle est différent d’une hypertension secondaire que l’on éliminera facilement avec des examens médicaux : cardiaque, examens sanguins, NFS, glycémie, dosage des hormones thyroïdiennes, dosage du cholestérol et de la créatinine, examen d’urine et s’il y a un doute, échographie du rein et écho-doppler des artères rénales. Ensuite, pour affirmer un caractère permanent d’HTA, plusieurs prises de tension seront effectuées à des moments différents et mieux un enregistrement sur 24H des pressions artérielles : mesure ambulatoire de pression artérielle (MAPA). Continuer la lecture

MASCULIN FEMININ

Comparaison n’est pas raison »                 Masculin-Féminin

Vouloir établir une comparaison entre le traitement ostéopathique d’une femme et d’un homme ne donne pas le droit d’établir des règles. Mais tout de même, contrairement aux idées reçues les hommes sont sensibles, ils ont peur de la maladie et trouvent que les petits maux de dos ne sont pas dignes de leurs corps de héros grecs, ils sont taillés pour la tragédie pas pour le lumbago. Dans la salle d’attente déjà ils en rajoutent un peu, se tordent, se lèvent, se rassoient, vingt fois s’excusent. A ce moment, il s’agit alors de ne pas rater son entrée et tout de suite le rassurer, lui montrer que l’on connaît et reconnaît sa douleur dans sa singularité comme personne.

Début du deuxième acte : palpation, les mains travaillent se posent sur le sacrum, accrochent les lombaires, poussent sur les dorsales, ressenti comme un massage, l’homme se relâche… Il s’abandonne presque, cependant pas suffisamment pour utiliser une technique de  «soft tissus « (manœuvres douces rythmées sur les muscles). Il est préférable d’utiliser une technique structurelle plus précise, la vertèbre ou les segments osseux ayant perdu leur mobilité seront manipulés entre deux leviers, plus réflexe, la rapidité du geste permet un relâchement immédiat du spasme musculaire, plus intelligible, ainsi le patient conçoit mieux le geste thérapeutique et son corps réagit favorablement à la correction, chez l’homme plus sceptique que la femme c’est la règle. Chercher et traiter la lésion ostéopathique est le principe élémentaire de l’ostéopathie, mais encore faut-il créer les conditions pour y parvenir, malgré les réticences le plus souvent inconscientes du patient.

Ces occurrences nécessaires pour le traitement ostéopathique ne sont pas une question de genre, elles relèvent d’un dosage subtil entre connaissances scientifiques, expérience et savoir faire pour établir la confiance du patient envers son thérapeute. Continuer la lecture

Portrait de patient #3 : Hani

Cela a commencé d’une façon assez banale, une consultation pour une insensibilité de la joue gauche et une lèvre tombante du même côté.
Son médecin évoquait une paralysie faciale à frigore. En ostéopathie nous avons l’habitude de ce genre de cas, que l’on traite avec succès car elles peuvent régresser spontanément en quelques semaines.


Les premières séances sont empreintes de cet optimisme mais les résultats ne suivent pas. Cependant une confiance s’installe. Je l’écoute, il parle de ses douleurs et de sa gêne de plus en plus présente autour de la bouche et des difficultés à la mastication. Il est très clair dans ses descriptions cliniques. Et moi de moins en moins sûr de la piste suivie par son médecin.
La neurologie est une discipline très carrée, souvent une cause une conséquence. Le cerveau pour élaborer une action, intégrer une information, le reste du système nerveux pour l’exécuter et l’acheminer. Il semble que le moto neurone a une place essentielle dans ce schéma neurologique. Il est la voie d’origine et la voie finale, il assure la continuité de l’influx nerveux.
Les premiers signes sont apparus en 2018 et ils semblent s’étendre en donnant des troubles moteurs, faiblesse des muscles des membres supérieurs et toujours des difficultés à mastiquer.
Les neurologues consultés sont perplexes devant autant de signes contradictoires : troubles moteurs et sensitifs, topographie asymétrique. Ils évoquent une maladie du motoneurone un monde en soi, et plusieurs diagnostics dont celui de la sclérose latérale amyotrophique ou maladie de Charcot.
Le nom est lâché, il va terrasser Hani, cette maladie fait peur, elle vous enferme dans une spirale où la vie disparaît peu à peu.
Je suis un soignant j’ai l’habitude de rassurer, d’absorber l’angoisse que suscite une douleur, ainsi que la perspective d’une maladie qui s’installe.
La langue française permet l’euphémisme, c’est à dire adoucir sans jamais démentir. Je lui parle de cette maladie mais surtout de la possibilité de ne pas l’avoir. Il y a aussi mes mains, elles sont faites pour agir, lui montrer que ses muscles fonctionnent, que les jambes marchent parfaitement. Chercher constamment des signes encourageants pour tenir éloigné le spectre de la maladie.
Dérisoire pour Hani, conséquence d’une annonce impossible à surmonter, un état dépressif s’installe. Mais il y a le rituel des séances accompagnée de Zeina sa femme, toutes les semaines nous construisons un rempart pour protéger Hani, sans cesse détruit par la peur et le doute et à reconstruire inlassablement. Ce que fait Zeina toujours présente à chaque consultation, ne retenant que les messages d’espoir, même quand la neurologue spécialiste semble écarter dans un premier temps la SLA, et se focalise sur des maladies moins invalidantes, mais toujours de la même famille et pas totalement rassurantes.
Hani pour l’instant ne peut pas entendre quand la neurologue, plus catégorique parle d’une maladie très rare à l’étrange acronyme FOSNM, troubles neurologiques sensitifs et moteurs débutant à la face et pouvant s’étendre aux membres supérieurs, d’évolution lente et totalement inconnue. Son esprit est ailleurs, quelque part entre l’annonce première, le ressenti des troubles qui l’habitent et les incertitudes liées à ces affections neurologiques.
Pourtant pour la première fois, les signes dont souffrent Hani ont un nom celui du syndrome neurologique, neuro dégénératif (Facial Onset Sensory Motor Neuronopathy). Cette maladie peut susciter une forme d’espoir, car elle n’a aucun lien avec la maladie de Charcot et son évolution est très lente.
Cela fait presque un an que l’on cherche une explication aux troubles de mon patient, il faut souvent ce temps pour comprendre, analyser, formuler un diagnostic. Mais je pense que Hani sait depuis de longs mois qu’il se passe quelque chose d’anormal, il a toujours essayé de comprendre, c’est sa nature profonde. Il a saisi que le traitement pour l’instant est symptomatique, permettra de vivre normalement en limitant les troubles.
Cependant cette maladie est pour l’instant peu connue, elle est classée dans les maladies neuro dégénératives qui font l’objet de nombreuses recherches. Aujourd’hui ils peuvent tracer un chemin en intégrant tous ces messages d’espoir.

Portrait de patient #2

Une Jeune fille de 26 ans vivant seule au croisement du bd Saint Michel et du bd Saint Germain. Un studio au RDC d’une résidence d’étudiant. Elle m’avait prévenu : un accident de la vie l’avait laissé tétraplégique. Elle m’a accueilli chaleureusement, son visage est beau, il rayonne. Je reconnais cette façon de se tenir dans le fauteuil, bien droite, la tête très mobile les épaules suivent avec un peu de retard comme dissocié. Je la regarde faire, elle optimise toute les forces qui sont en elle. Ses mains peuvent saisir un objet, conduire son fauteuil électrique. Les aménagements faits permettent à Yousra d’être indépendante. Les séances de kinésithérapie seront pour soulager ses douleurs.
Elle passe ses bras autour de mon cou. Je la soulève de son fauteuil, pour la poser délicatement sur son lit. J’aime ce travail qui consiste à mobiliser des jambes qui de bougent plus. Elle ressent un relâchement, les stimulations de mes mains, un petit courant électrique agréablement perçu. La paralysie s’accompagne d’une anesthésie mais pas totale, il reste une perception qui est très mystérieuse peut-être dû aux mouvements involontaires qui secouent son corps de temps en temps.
Les gestes sont simples, appris très tôt dans les écoles de kinésithérapie, reproduire le mouvement perdu ou empêché, pour que vivent toujours le déplacement. Je m’applique à ça doucement, ne pas réveiller d’autres douleurs, respecter la physiologie du corps allongé, pour cela rester dans l’axe de la tête et du bassin.
Ainsi, elle me sourit pour me remercier peut-être d’avoir compris une toute petite chose de son monde si vaste en sensation de toute sorte. Elle se reprend aussitôt, se moque de moi, c’est vrai j’ai l’air un peu maladroit, chez elle les mouvements de ces épaules fournissent l’énergie de tout son corps se propage comme une onde jusque dans ces doigts, chez moi elles permettent une secousse bien peu optimisée, je me tiens au dessus de son lit un peu raide, elle me demande si je n’ai pas trop mal et pas sans malice si je vais tenir le coup. Je lui réponds que malgré mon grand âge, je crois que oui, et que jusqu’à preuve du contraire elle a besoin de moi.
Voilà cette relation installée entre humour nécessaire et thérapeutique indispensable.
Ces projets sont nombreux, entre autres apprendre à conduire avec une voiture aménagée et gagner encore et toujours en autonomie, toute son énergie va dans ce sens, vivre.

La téléconsultation en ostéopathie

En période de confinement due à l’épidémie de Covid-19, la vidéo consultation en ostéopathie s’impose. A première vue cela paraît impossible, si on considère que seules les mains du praticien peuvent soulager. Mais revenons au principe de l’ostéopathie, redonner de la mobilité aux groupes articulaires qui en ont perdu. Ce retour à la normale permet au corps de recouvrer l’équilibre. Les symptômes peuvent disparaître, c’est la finalité de notre pratique. Tout commence par chercher cette partie du corps, restreinte en mobilité, responsable de la douleur, ensuite proposer des auto-corrections au patient pour normaliser le mouvement, cela sera comme téléguidé à distance.Les mouvements demandés effectués par le praticien et visualisés par le patient. Je me suis préparé comme si je devais recevoir une personne à mon cabinet, à la fois dans la présentation et dans la concentration toujours nécessaire pour soigner. Sur l’écran de mon ordinateur une fenêtre ouverte, un nom inscrit, une date, une heure. Message de doctolib : Le patient attend dans la salle d’attente. Tout a l’air normal, sauf que je vais avoir ma première consultation vidéo d’ostéopathe et je suis un peu dans l’inconnu comme une première fois.
– Bonjour comment allez vous?
– Bonjour Mr Lançon, j’ai mal entre les omoplates, la douleur est assez intense, peut me réveiller la nuit.
Je lui demande comment se passe le confinement pour lui et sa famille et après des questions classiques pour établir un diagnostic, j’imagine un traitement qui pourra le soulager. La base de celui-ci est la simplicité pour être bien compris, la correction fonctionnelle, une bonne manière de répondre à cette exigence. Pour être clair: proposer au patient de faire le mouvement libre sans douleur. C’est une première étape, faire respirer de façon à relâcher les muscles responsables du dysfonctionnement.
La salle d’attente est virtuelle, le face à face est réel, nous nous voyons et l’échange peut commencer: les mots vont remplacer les mains, ils sont explicites, précis, choisis. En ces temps où la moindre poignée de main est dangereuse, être soulagé sans être touché peut se révéler utile. La période est troublante, une relation thérapeutique même par écran interposé fait du bien, apaise, soutient.
À la fin de la séance le patient et le thérapeute vont se saluer, ils se disent merci en miroir.

Du bon usage de la kinésithérapie respiratoire

J’ai à peu prés oublié la moitié des choses que j’ai apprise pendant mes études de kinésithérapie et la moitié des choses apprises sont dépassées. Pour se consoler, on peut toujours lire le rapport de L ́ HAS (Haute Autorité de Santé) qui indique que la kinésithérapie respiratoire pour les enfants de moins d’1 an atteint de bronchiolite n’est plus indiqué, voire dangereuse, seulement inefficace ou les deux.

Le rapport est assez flou pour générer des confusions en particulier dans la presse suscitant des titres accrocheurs du style : « La fin de la Kiné respiratoire pour traiter les bronchiolites ». Lʼabsence d’étude scientifique sur les techniques de désencombrement du nourrisson est un des arguments de la Haute Commission pour justifier ces conclusions. Mais c’est aussi une opportunité à saisir pour nous kinésithérapeutes et ainsi prouver le contraire. La comparaison, ou plutôt l’absence de Kiné respiratoire pour les nouveaux nés dans les autres pays est noté également dans le rapport de HAS comme pièce à charge.

La France est un des seuls en Europe à pratiquer cette technique d’accélération du flux expiratoire pour aider nos bébés a mieux respirer. Serait-ce dû à l’obstination coupable de nos kinésithérapeutes ou bien à une réalité plus sociologique ? Dans notre pays les nouveaux nés sont très tôt en collectivités favorisant ainsi la transmission des germes, le VRS responsable de la bronchiolite étant très contagieux, les épidémies hivernales frappent souvent la France et une des réponses a été de développer la kinésithérapie respiratoire. Le drainage postural, vibration et clapping font partie du contingent oublié de mes études, ces techniques complètement dépassées sont pourtant évoquées par HAS et viennent discréditer un peu plus la kinésithérapie respiratoire. L’accélération du flux expiratoire qui a depuis longtemps remplacé les autres, doit être modérée voire douce selon les recommandations de l’HAS et de toute façon pas en milieu hospitalier plus précisément sur des bébés fragiles ayant une bronchiolite aiguë.

Je n’ai pas oublié mes années de pratique à l’hôpital St Vincent de Paul à Paris, les nourrissons très fragiles en détresse respiratoire, les services de réanimations, les grands prématurés et nous kinésithérapeutes auprès d’eux répondant aux demandes présentes des médecins pédiatres, réanimateurs ou chefs de services, nos techniques étaient douces et modérées adaptées à la fragilité de ces tout petits patients. Elles amélioraient leurs états, certes de façon transitoire mais toujours significative. Un des signes de la détresse respiratoire est nommé signe de lutte, pour capter de l’oxygène le bébé va véritablement combattre augmentant sa fréquence respiratoire, lʼouverture des ailes du nez, contracté les muscles inspirateurs accessoires (SCM), creusé la cage thoracique.

Dans ce contexte très impressionnant, la kinésithérapie est très utile en dégageant les voies ariennes supérieures, en accélérant le flux expiratoire pour permettre une meilleure ventilation des bronches. Les résultats cliniques et biologiques en attestent. Mais cependant l’HAS face à la demande de soins qui ne cesse de croître en période hivernale et la demande de réactualisation des soins de la part des médecins et pédiatres , propose des recommandations qui passent par la remise en question de la kinésithérapie respiratoire pour les cas les plus graves. On peut penser que les rédacteurs de ce rapport n’ont jamais vu de bébés atteints de bronchiolite avant et après une séance de kinésithérapie respiratoire. Ou peut être devant la fragilité de ces nourrissons et le risque d’ aggravation pendant les séances, les sages de cette commission préfèrent invoquer le principe de précaution. Nous devons les rassurer, le kinésithérapeute que se soit en milieu hospitalier ou en ville n’improvise jamais sa pratique, son expertise est essentielle pour gérer au mieux cette crise aiguë que traverse le nourrisson.